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 Le blog culturel du CDI du lycée Jean Moulin de Pézenas.

 

 

 
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16 avril 2019

Posters against discriminations. Voting price of aesthetics and price message

IMG_20190416_150453Un concours est organisé à partir de ces affiches. Votez pour l'affiche que vous préférez : 

-Prix de l'esthétique

-Prix du message

 

Des livres à gagner.

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15 avril 2019

La racine des mots est-elle carrée? 2019

Journée des 1°S2 à la fac de sciences pour le prix La racine des mots est-elle carrée ?

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Vendredi 15 mars 2019 les premières S2 se sont rendus à la faculté des sciences de Montpellier dans le cadre de la journée La racine des mots est-elle carrée? Ils étaient accompagnés de leurs professeurs Mme Ferrasson et Mme Coulange, et de Mme Paulhac, documentaliste.

Ils ont participé au prix La racine des mots est-elle carrée, qui leur propose 4 romans et récits à lire en quelques mois. Ils votent ensuite individuellement pour leur livre préféré.

 

Les objectifs du prix :
Il ne s’agit plus de faire des mathématiques ou du français, il s’agit de lire. Le but est de sortir la littérature et les mathématiques de l’ornière du calcul à court terme et de favoriser une perspective d’ouverture et de construction d’une culture. Découvrir des œuvres par le biais du plaisir de la lecture change le regard sur les mathématiques souvent considérées comme arides et détachées du réel. Grâce au récit les mathématiques sont évoquées en contexte, elles deviennent une part de la culture, on les voit d’un œil différent. Les théories, les formules, les nombres s’inscrivent dans des activités humaines, nul n’est besoin d’être matheux pour en goûter le sel.
Le récit donne du sens, amène à interroger les notions, s’inscrit dans un parcours et donc facilite l’apprentissage ou la découverte. Le truchement de la fiction permet de construire des savoirs. Il ne s’agit pas de diffuser des savoirs mathématiques mais de reconstruire des recherches, des parcours individuels, la littérature trouve sa légitimité dans ses scrupules, son inquiétude face au savoir.

 

L’organisation du prix
Le conseil scientifique et le comité d’organisation est composé de personnalités issues des institutions suivantes :

 

 L’action est soutenue ou relayée par Languedoc-Roussillon Livres et lectures

Une sélection de 4 livres étaient proposée cette année aux élèves de 1° S2.

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 Un vote a permis d’octroyer le prix de cette année à Madame Einstein de Marie Benedict.

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Résumé : Zurich, 1886. Mileva Marić quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion….

 Toutes les infos là  https://laracinedesmotsestellecarree.com/accueil/

 

La matinée a été consacrée à des discussions et débats autour des livres.

Les élèves ont réalisé des travaux et notamment une sculpture  sur le thème commun aux 4 livres : le temps.

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L’après-midi nous avons assisté à une conférence brillante de Marie Lhuissier sur Les contes mathématiques. En voici un résumé.

 

 Les contes mathématiques par Marie Lhuissier, mathématicienne et chercheuse.

 

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Mon parcours

Jusqu’en seconde les mathématiques ne me passionnaient pas, j’étais une bonne élève, point. Puis en seconde un professeur m’a fait changer d’optique avec une pédagogie basée sur la recherche. Il m’a fait comprendre qu’il ne suffisait pas d’appliquer des formules, mais au contraire que la recherche et le doute faisaient partie des mathématiques. Et que donc l’erreur est permise. Les maths sont devenues pour moi une matière passionnante et ludique, vivante, dynamique.

De plus ce professeur nous présentaient des objets mathématiques hors programmes fascinants :

L’hypercube : un cube dimension 4 qu’on ne voit pas mais qu’on peut imaginer et décrire par l’esprit.

La projection de la sphère sur le plan infini à partir du pôle nord

Les nombres rationnels sur une ligne droite sont en nombre infini mais aussi les nombres irrationnels qui sont partout sur une ligne droite

 

J’ai saisi le rapport entre l’intuition des nombres, des formes et le langage formel. Faire des maths c’est trouver un langage qui dit des intuitions. La recherche, l’intuition et la création sont liés, et il faut créer un langage pour lier tout cela.

 

Donc voici les mots importants que je retiens

 

Erreurs            créativité

      Recherche

Langage         intuition

 

Et on remarque que ce sont les mêmes mots que l’on pourrait retenir pour décrire l’art….

 

Donc j’ai fait des études de maths, non pas pour faire un métier mais par intérêt pour les maths et aujourd’hui me voici mathématicienne chercheuse !

 

On entend souvent dire des idées reçues sur les maths :

-Il y a des esprits scientifiques et des esprits littéraires

-Les maths c’est une discipline sans âme, c’est machinal, c’est étriqué

-De toutes façons je suis nulle en math, je ne suis pas fait pour ça

 

Or les maths sont divers et peuvent intéresser tout le monde. Je veux, moi, partager cette passion des maths !

Comment faire ? Il y a trois façons :

-Vous dire : Les maths je les vois ainsi…. Et je vous le le démontre d’après mon point de vue, et mon expérience. Mais cela va rester abstrait pour vous, car c’est mon ressenti.

-Je vous mets à faire des maths. Mais les maths c’est difficile, cela demande du temps et de l’investissement, et de la motivation ! Vous n’avez pas forcément envie de vous investir là –dedans !

-Je mets en scène ma perception des maths pour vous la faire ressentir de manière sensible. De manière détournée, avec un autre langage, celui qui nous est commun, par exemple la littérature, le cinéma, les arts. J’ai choisi la littérature et plus spécialement les contes. Je vais adopter le point de vue d’une mathématicienne qui veut transmettre l’intérêt pour  les maths, pour les objets mathématiques grâce à l’univers des contes.

 

Pourquoi les contes ?

Parce que les contes parlent aux enfants, l’âge où tout se christallise.

Parce que les enfants de 5/10 ans sont formés à l’école par des gens qui ont majoritairement une formation littéraire et qui ont été parfois en échec en maths. C’est donc compliqué pour eux de transmettre la passion des maths puisqu’ils ne l’ont jamais éprouvée.
Donc le conte est un matériau facile à utiliser en classe, que les professeurs des écoles ont l’habitude d’utiliser.

 

Un exemple de conte

La faiseuse de neige (lire et voir en annexe ci-dessous, allez voir le site pour les illustrations)

C’est une histoire sur le flocon infini pour susciter l’intérêt pour les fractales, un objet mathématique fascinant.

Ce conte répond à trois objectifs :

-permettre à n’importe qui une rencontre avec un objet mathématique (la fractale) qui appartient à la culture grâce à un langage commun et universel (l’univers des contes )

-susciter la fascination, l’émerveillement grâce à cette atmosphère du conte

-permettre l’identification aux personnages du conte en situation de questionnement et de démarche mathématique. Une histoire universelle transmet le questionnement concernant l’infini, la notion de perfectionnement, d’inachevé, de don….

 

Comment est-ce que je crée un conte ?

  1. Je trouve un objet mathématique facile d’accès si possible par les sens, nouveau et fascinant pour les gens.
  2. Je raccorde cet objet mathématique à une problématique humaine : la liberté, la créativité, la logique, la recherche de la perfection sont en effet des notions essentielles en mathématiques mais il faut que je trouve des notions faisant appel aux sentiments et aux émotions, aux relations humaines.

 Par exemple derrière la notion de la fractale est un objet simple mais extrêmement complexe même si on le zoome à l’infini. Il y a la notion de l’infini, de la perfection et de finitude mais aussi en matière d’émotions les notions de désir de faire plaisir par un don, un cadeau parfait.

 

J’ai aussi écrit  Lune, Liens invisibles sur d’autres objets mathématiques.

Voir mon site            https://marielhuissier.carrd.co/

 

 

La faiseuse de neige

 

Savez-vous pourquoi les flocons de neige sont aussi jolis, et tous différents ? 
Ils sont confectionnés un par un, à la main, par les faiseurs de neige. 
Vous savez, dans chaque ville et chaque village, il y a toujours un vieil homme ou une vieille femme que personne ne connaît vraiment, chez qui personne n’est jamais rentré, et qu’on voit parfois se promener silencieusement, la tête rentrée dans les épaules, sans parler à personne. 
Ces vieillards sont les faiseurs de neige.

Comme toutes les villes, la petite ville de Leonberg avait sa faiseuse de neige qui, la journée, découpait les flocons chez elle et, la nuit, allait les éparpiller dans les nuages, pour qu’ils retombent en neige sur la ville et la recouvrent de blanc. 

Consciencieusement, avec ses ciseaux de toutes tailles, elle s’appliquait à découper dans sa feuille de glace des motifs dentelés, qui se dépliaient en flocons élégants et variés. Des flocons étoilés, des flocons effilés, des flocons crénelés.

 

Quand ses flocons se retrouvaient dans les rues et devant les maisons, la plupart des gens pestaient 
– la neige, ce n’est pas pratique – et, sans un regard pour son œuvre minutieuse, déblayaient la neige et l’entassaient dans un coin. Tant d’efforts et tant de beauté, réduits à néant en quelques coups de pelle.
Plus d’une fois, la faiseuse de neige faillit abandonner, tout arrêter, et tant pis pour la neige.
Mais tout de même, elle était faiseuse de neige, c’était sa tâche et son plaisir, alors elle continuait.

 

Dans la petite ville de Leonberg, arriva un été un petit garçon qui aimait la neige plus que tout. Il s’appelait Johann. 
Dès la fin de l’automne, on le vit errer dans les rues, le visage levé vers le ciel, guettant les premières neiges. Et, quand l’hiver arriva, il passa tout son temps libre à contempler la neige et à recueillir des flocons. 
Lorsqu’un flocon lui plaisait particulièrement, pour ne pas l’oublier – la neige, ça fond – il le reproduisait dans une feuille de papier qu’il découpait à sa forme.
À travers sa fenêtre, la faiseuse de neige l’observait, et cela lui donnait du cœur à l’ouvrage. Elle confectionnait chaque flocon en se disant que, peut-être, le petit garçon rêveur verrait ce flocon précisément. Alors elle le faisait beau, pour lui, et cela la rendait heureuse.

Johann, lui, ne connaissait pas l’existence de la faiseuse de neige. Il ne connaissait d’elle que ses flocons, qui remplaçaient les jouets et les livres qu’il n’avait pas. En effet, la famille de Johann n’avait pas grand-chose : tout juste de quoi se nourrir et se chauffer correctement. 
Alors, pour que la vie soit douce quand même, Johann déployait son énergie et son imagination à improviser des jeux, inventer des histoires, et récolter ce qu’il y avait de beau dans la vie quotidienne. 
Et il était heureux.

Cette année-là, le matin de Noël, quand tous les enfants de la ville sortirent de chez eux pour faire des bonshommes de neige et se montrer leurs nouveaux jouets, la faiseuse de neige les regarda à travers sa fenêtre. 

L’un avait un vélo rouge, l’autre une ribambelle de poupées, celui-là un manège mécanique, celle-là un immense jeu de construction. 

Tous les enfants tenaient en mains des jouets flambants neufs, sauf Johann. Johann, comme à son habitude, contemplait les flocons de neige, et expliquait à une petite fille rousse pourquoi la neige de Noël était la plus belle de l’année.

 

Au printemps, elle eut une idée. Elle, elle allait lui offrir quelque chose. Quelque chose d’extraordinaire, quelque chose d’unique, quelque chose que personne n’avait encore jamais vu. Quelque chose d’infini.

Une infinité de flocons ? Non bien sûr ; il ne s’agissait pas de l’ensevelir sous la neige. 

Un flocon infiniment grand ? Trop encombrant. 

Infiniment petit ? Trop insignifiant. 

Non non, elle avait eu une meilleure idée. Elle allait fabriquer pour lui un flocon infiniment détaillé, infiniment joli, infiniment ciselé. 

Un flocon dont le bord, infiniment dentelé, serait de longueur infinie.

Ce flocon-là, il ne tomberait pas du ciel, alors elle pouvait le faire grand, pour que le petit garçon le voie bien. 

Dans sa feuille de glace, elle découpa à l’aide de ses plus grands ciseaux un triangle. 

Sur chacun des trois côtés du triangle, elle découpa une dent en forme de triangle. Il y avait maintenant douze côtés de taille moyenne. 

Elle prit des ciseaux un peu moins grands et, sur chacun de ces douze côtés, elle découpa une dent plus petite, toujours en forme de triangle. 

Elle avait maintenant quarante-huit petits côtés. Sur chacun de ces quarante-huit petits côtés, elle découpa à l’aide de ciseaux encore un peu plus petits une petite dent en triangle. 

Et ainsi de suite : à chaque découpe, chaque petit segment, percé d’une dent triangulaire, laissait apparaître quatre segments plus petits. Et chacun de ces quatre segments, à la découpe suivante, était lui-même percé d’une dent triangulaire, et laissait à son tour apparaître quatre segments qui, à leur tour…

 

À l’aide de ciseaux de plus en plus petits, la faiseuse de neige travailla longtemps. Elle travailla tout le printemps et tout l’été, sans se lasser. 
L’automne arriva, et elle n’avait pas terminé. Elle redoubla de rapidité et d’efficacité, et l’inquiétude commença à la gagner. Son flocon n’allait pas être prêt pour Noël. 

Puis, ce fut l’hiver, et le flocon n’était toujours pas achevé. La faiseuse de neige le savait : son flocon ne serait pas prêt, et le petit garçon rêveur allait à nouveau connaître un Noël sans cadeau. La tristesse qui l’envahit à cette pensée était aussi vaste que le travail qui lui restait à faire. Elle découpait, découpait ; vite et bien, elle découpait, et elle était toujours aussi triste. 

En ce début d’hiver il ne neigea pas à Leonberg ; au lieu de confectionner de la neige, une faiseuse de neige infiniment triste découpait en secret un grand flocon aux allures d’infini.

Cet hiver-là, Johann errait continuellement dans les rues, interrogeant le ciel de son visage levé. Où était la neige ? 

Au hasard de ses promenades, il croisait parfois une vieille dame qui avait l’air triste, tellement triste… Je pourrais peut-être faire quelque chose pour elle, pensait-il. 

À force de penser à cette vieille dame triste, il se décida. La veille de Noël, il frappa à sa porte avec, dans sa main, un petit gâteau tout chaud que sa maman venait de faire pour lui. 

– Bonjour madame, je m’appelle Johann. Je suis désolé de vous déranger chez vous. C’est juste que… je vous vois souvent, et comme vous avez l’air très triste, je voulais vous offrir quelque chose pour que vous sachiez que je pense à vous.

Une larme coula sur la joue de la faiseuse de neige et se glaça, et la vieille femme invita Johann à rentrer chez elle.

 

Sitôt entré, Johann s’immobilisa. 
Au lieu de la pièce sombre à laquelle il s’attendait, il se trouvait au milieu d’une salle claire, baignée d’une lumière presque argentée, et dont tous les murs, du sol jusqu’au plafond, étaient tapissés de cristaux de glace et de flocons de neige, de toutes tailles. 
Il reconnut certains de ses flocons préférés, mais il y en avait encore beaucoup d’autres, qu’il n’avait jamais vus, ni même imaginés. Il resta quelques minutes silencieux, subjugué. Puis il murmura : 

– C’est ici que se crée la neige…

Il posa enfin son regard sur la faiseuse de neige. 

– C’est vous qui créez la neige.

Elle acquiesça. Il continua :

– Pourtant il ne neige plus. C’est triste, un hiver sans neige. Vous ne fabriquez plus de neige ?

– Non. Enfin, si… Je découpe un flocon, pour l’offrir à un petit garçon. Mais c’est long. Je découpe ce flocon depuis le printemps, alors je n’ai pas eu le temps de faire de la neige. C’est bête hein, une faiseuse de neige qui ne fait pas de neige !

Une autre larme coula sur sa joue et se glaça. 

– Non, ce n’est pas bête. C’est beau de préparer un cadeau. Est-ce que… est-ce que je peux voir ce flocon ? J’aime beaucoup les flocons de neige.

La faiseuse de neige hésita quelques secondes, puis elle fit signe à Johann de la suivre et se dirigea vers sa table de travail.

Le flocon était posé là, pas encore déplié, avec ses milliers de détails. Johann le contempla longuement. 

– C’est magnifique ! Ça ne ressemble à rien que j’aie jamais vu.

Il l’observa à nouveau. 

– C’est comme si… c’est comme si on plongeait dedans ; on peut plonger dedans et ne jamais atteindre le fond ! Dans chaque détail on peut voir le motif entier, infiniment. Oh ! Ce flocon est parfait !

– Non, il n’est pas infini, et il n’est pas parfait. Regarde, là.

Johann regarda, mais il ne vit rien.

– Regarde bien, le fond est là. Le découpage s’arrête. Je ne terminerai jamais ce flocon, je ne suis pas assez rapide.

 

Une troisième larme coula sur sa joue, et se glaça. Johann regarda attentivement le flocon, mais il ne voyait rien.
– Vous savez, je ne suis pas faiseur de neige, moi. Mes yeux ne sont pas comme les vôtres, je ne peux pas voir des choses aussi petites. Pour moi, ce flocon est infini. Je le vois infini et je l’imagine infini. Vous devriez l’offrir à ce petit garçon, ça lui fera sûrement plaisir.
– Tu crois vraiment ?
– Oui, c’est la plus belle chose que j’aie jamais vue. Il a beaucoup de chance, ce petit garçon.
Pour la première fois depuis des mois, la faiseuse de neige sourit, et murmura : 
– D’accord, je vais le lui offrir. Rentre vite chez toi, la nuit va bientôt tomber.
Au moment de fermer la porte derrière lui, Johann ajouta : 
– La neige nous manque à tous, vous savez. Demain c’est Noël…
Ce soir-là, la faiseuse de neige rendit visite aux faiseurs de neige des villes voisines. 
Tous avaient entendu dire qu’il ne neigeait plus dans la petite ville de Leonberg, et tous avaient mis de côté quelques flocons au cas où la faiseuse de neige en aurait besoin pour Noël. Elle rentra donc chez elle avec assez de neige pour recouvrir de blanc les jardins et les maisons de Leonberg. 

Pendant la nuit, elle alla éparpiller toute cette neige dans les nuages, puis elle déplia son grand flocon presque infini et le déposa devant la fenêtre de la chambre de Johann.

 

Le matin de Noël, quand Johann se réveilla, la première chose qu’il vit fut le blanc dehors. Il avait neigé ! 
Il se précipita à sa fenêtre, et découvrit le flocon. Le flocon parfait. Le flocon infini. Le flocon parfaitement infini et infiniment parfait. 
Infiniment heureux, il courut chez la faiseuse de neige qui ouvrit sa porte en l’entendant, et il se jeta dans ses bras.
Depuis ce jour, il lui rend souvent visite pour l’aider à inventer et à confectionner ses flocons. Si vous passez un jour à Leonberg et qu’il neige, regardez bien les flocons ; on peut parfois y trouver une trace d’infini.

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Guillaume Poix au lycée

Les secondes 3 et les premières L1 ont rencontré Guillaume Poix le jeudi 11 avril au CDI.

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Guillaume Poix est un jeune auteur de 30 ans, il est auteur de théâtre, metteur en scène et romancier. 
Il a publié 4 pièces aux éditions théâtrales. 
 Straight (2014), qui a eu le prix Labou Tansi, plonge dans l'histoire récente, celle de la violence envers les femmes homosexuelles en Afrique du sud. Elles qui ont accès pourtant au mariage depuis 2006 sont victimes de "viol correctif" accompagné souvent de torture et de meurtre. Guillaume Poix montre dans sa pièce un groupe d'activistes lesbiennes qui préparent un happening lors de la coupe du monde de football de 2010, le parcours de vie de chacune, et le procès d'un de leurs violeurs.
Tout entière(2017) est une pièce sur Vivian Dorothy Maier  une photographe de rue de Chicago très  talentueuse mais qui est restée nourrice toute sa vie : son l'œuvre a été découverte après sa mort, faisant d'elle une artiste célèbre.
Et le ciel est par terre (2017) met en scène une famille, la mère, la fille et les deux frères,  privée du père décédé. Tandis que les tours de la cité où ils habitent sont détruites et que les mois passent,  les secrets restent gardés. L'amour ne se vit plus qu'en luttant, et on s'échappe par le déni, le silence ou l'humour. La pièce se joue les mardis 14 et mercredi 15 mai à Maraussan, programmée par Sortie Ouest, et mise en scène par Véronique Kapoïan- Favel et avec la collaboration artistique de Dag Jeanneret et de Sarah Fourage. 
Fondre (2018) a pour sous-titre "partition ouverte pour des jeunes gens qui ont froid" : une bande d'ados tentent la traversée vers un territoire interdit; Juchés sur des bouts de banquise, ils espèrent dériver jusqu'à la terre promise. Une allégorie du parcours des migrants contraints de côtoyer la mort à un âge où l'on découvre habituellement l'amour.  
 
Guillaume Poix est aussi l'auteur d'un roman : Les fils conducteurs (2017) aux éditions Verticales
Dans l'immense décharge d'Accra au Ghana, travaillent des enfants :  ils récupèrent des composants électroniques, des fils de cuivre pour les recharges de téléphone, ou des appareils électro-ménagers et se ruinent santé pour quelques sous quotidien. Trois jeunes garçons sont les héros de ce roman : Isaac, Moïse et Jacob,  qui fouillent dans nos déchets de l'obsolescence programmée industrielle. Un roman au style lyrique, une écriture incroyable, pas mal d'ironie dans le portrait du photographe occidental, un choc de lecture!

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11 février 2019

Lettre de Poto : texte écrit par Diane, 1°L1, à partir de Fief de David Lopez

Diane a imaginé que Poto s'adresse à un producteur pour enregistrer ses raps.

 

Bonjour, bonsoir, M’sieur ou M’dame,

 

j’sais pas à quelle heure vous lirez ça, ni qui vous êtes vraiment, bref on s’en bat un peu les couilles non? Du coup j’me présente, Poto, de base j’men foutais je voulais rien envoyer, j’men fou d’la fame ce que j’aime moi c’est la musique, la vraie qui vient du coeur qu’on rappe aux potos ou qu’on fait pour le dire à sa go. J’écris des textes depuis que j’suis petit même sur les bancs de l’école entre deux parties de foot avec les frères. J’vous le dit direct comme ça c’est fait, j’compte pas écarter les cuisses pour être diffusé, soit vous aimez soit vous aimez pas mais soyez francs. Puisqu’on est dans la franchise j’suis pas un grand intellectuel non plus vous l’aurez vu, mais croyez pas j’suis loin d’être con et on le voit dans mes sons. En vrai l’moment où j’écris l’mieux c’est quand j’suis chéper mais tout les grands ils font ça, du coup j’vous laisse un petit morceau c’que j’ai fait que vous puissiez mater la qualité :

 

Du bou d’ma plûm j’ékri ma doulere bezouin dévazion vo promess jenai pa vu la kouleure rien né taki retien b1 tout s’termin aven lheur on fé alé dure 2 remonter la pante sure dé roler gé le keur frois kom 1 cor sen ham arret 2 cherché batar taura pa 2 pom san arbre soi t for soi t faibl kom 1 keuf sen arm ona perdu tt santiman mé i a pa 2 mor sen larm atrissethé pare lé evennement ki previen pa n’atten pa ke le dessetin frap vazy reveil toi gé limpression davoire tou rater gpace mon ten a regrété ia telmen 2 jourou jaimrai tt cassé bah oe jss pa dumeure é pluto ss precion tojoure un euille ouverre poure trouvé dé repons a mé kestions si jeme laissé aller i auré lontem qu’jorai kitté c’monde

 

J’vous laisse mon numéro pour me contacter si vous voulez, à bientôt j’espère.

 

PS: dézoler poure lé fot, C mon poto Lahuiss ka korigé la lètre mé javé pa le texte sure moi du cou gé ragouter apré é ile a pa put sans okupé.

PPS: ile a auci di ke cétai pa kom sa con s’adressez a dé gen par lettr mé jsé pa coman on fé moi gen ecri jammai il soule.

 

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La maison de Romain dans Fief de David Lopez

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 "A peine ai-je poussé le portail qu'une branche sortie de nulle part m'agresse, manquant de me crever un oeil. Je la repousse d'un geste vif, esquive latérale, et j'entre dans la cour, où je constate le bordel végétal qu'on a laissé s'installer là. Ce qui pourrait être un jardinet est ici un champ de ronces où chaque buisson se dispute le droit de dominer les autres. Un merdier pas possible. Une petite allée mène à la maison, et aussi mince qu'on puisse être on ne peut l'emprunter sans que des épines s'accrochent à la veste, et sans avoir à enjamber quelques branches. Il y a une dizaine de mètres à parcourir avant d'arriver devant la porte. Je me verrais bien avec une machette. Sur la gauche, la jungle fait le tour de la maison, et si ça continue comme ça bientôt on ne la verra plus. "

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Rencontre avec David Lopez

Rencontre entre David Lopez
et les premières S1, L1 et ST1
Vendredi 8 février 2018 au CDI du lycée Jean Moulin

David Lopez est l'auteur de Fief, qui a reçu le prix du livre Inter en 2018.

dedicace sans éleves 3

Pourquoi un roman qui semble sans but ?
Ce roman n’est pas un roman à intrigue, il n’est pas « scénarisé », ce n’est pas un « roman de formation » : il n’y a pas de chemin initiatique vers la résolution. J e préfère montrer le réel comme il est, car la vie n’est pas scénarisée : il s’agit de montrer des tranches de vie sans artifice, de dérouler des motifs pour raconter quelque chose derrière ces motifs, raconter quelque chose dans le sous-texte. Le roman pas le lieu de l'intellect de la pensée mais le lieu de l'émotion de la sensation.

Pourquoi Jonas perd-t-il son combat à la fin ?
Ce combat perdu était prévu depuis le début par Jonas car je voulais raconter une histoire de loose dans un « anti feel good book » : la vie peut être belle même quand on n’est pas heureux, même quand on perd un combat : il s’agissait plutôt de montrer la poésie de la vie quotidienne, de montrer comment on peut être présent à soi-même et aux choses qui nous entourent. Et puis dans la vie, quand on ne travaille pas, on perd, alors il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas le cas dans le livre. Je voulais montrer aussi qu'entre 4 cordes on se sent fragile, on n'est pas dans Rocky !

Pourquoi y-a-t-il autant de descriptions ?
Parce que pour moi, ce qui est intéressant dans l’écriture ce n’est pas le « drama », c'est-
à dire l’action, c’est plutôt de raconter les choses de manière indirecte, donc décrire le décor, les gestes -je peux écrire 50 pages sur le mouvement d'une épaule!-, ce qui permet de créer une ambiance et de raconter les choses indirectement. Il s’agit d’ECRIRE DANS plutôt que d’ECRIRE SUR, d’incarner les choses, de MONTRER plutôt que de DIRE. Ma technique d'écriture ressemble à un plan séquence cinéma. Pas de "discours sur" : je veux susciter chez le lecteur quelque chose, je ne suis pas dans la démonstration mais dans la monstration. Je sélectionne des détails, des motifs qui servent à raconter l'histoire. Il y a une beauté possible dans l'insignifiant. Le comment participe à révéler le quoi.

Pourquoi les personnages ne sont-ils pas décrits physiquement ?
Parce qu’ils se définissent par leur action, par leur attitude, par leur manière d’être et de parler plus que par une couleur de peau ou de cheveux, car je ne veux pas les enfermer dans des clichés. J'avoue que cela part à la base d’une lacune (je ne sais pas faire des portraits ! ) et j'ai transformé cette faiblesse en force et en proposition esthétique. Par exemple dans le passage de la carpe qui se contorsionne pour avoir la place de tourner en rond : c'est Jonas qui voit cela mais le narrateur ne nous dit pas ce que cela peut signifier : c'est de l'évocation et pas de l'explication.
Dans le chapitre « Caillou »  j 'étais parti d’une écriture automatique de 52 pages que j' ai réduit à 3 pages : il s’agissait de se perdre en chemin pour découvrir de nouveaux passages. Dans l' écriture on trace une route et on sort à la première occasion : ce sont les accidents qui valent le coup.

Pourquoi la mère de Jonas n’existe pas ?
J' ai beaucoup investi le champ du père et j' avoue que cela m'a beaucoup « coûté », je ne voyais donc pas faire la même chose avec la mère. Je pense que l’absence de la mère, si elle n’est pas expliquée, crée une faille ou un manque chez le personnage de Jonas : elle crée quelque-chose dans sa relation avec Wanda qu’on peut expliquer comme on veut. Jonas a un souci dans sa relation avec les femmes peut-être. Les blancs de la fiction sont des blancs dans lesquels le lecteur peut mettre ce qu’il veut. Ces zones blanches sont voulues : la littérature doit donner des indices plutôt que des preuves, le texte ne doit pas décider d’un sens, même j'avoue prendre un risque éthique au nom de l’esthétique.

La relation Jonas / Wanda est compliquée, pourquoi ?
Dans Fief j' évoque une forme de misère sexuelle masculine mai sans rentrer dans les détails. Je dis que Jonas est dans une forme de servitude volontaire face à Wanda, il est passif et Wanda cristalliserait toutes les angoisses de Jonas, ainsi que la féminité dans tout ce qu’elle a de plus contrariant, de plus complexe. Elle pourrait incarner l’auto-disqualification de Jonas. Il n'arrive pas à se projeter et à s'investir et Wanda en souffre. Pour moi elle est amoureuse de lui. Elle aurait voulu qu'il s'investisse davantage dans leur relation.

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Quels sont les rapports entre vous et votre personnage principal narrateur, Jonas ?
Jonas c'est le garçon que j'aurais pu devenir et que je n'aurais pas voulu devenir. Ce n'est pas moi mais il a le même complexe d’auto-disqualification dans la vie que j'ai pu avoir avec l’écriture. Je me situe entre Jonas, pour qui il j' ai beaucoup d’empathie, et Lahuiss qui fait ses études à Paris, comme j'ai pu le faire, avec le brin de condescendance en moins. Jonas est comptable de ses déboires, il n'a pas passé le cap entre le rêve et le désir. Mais Jonas ne souffre pas forcément. On lui fait croire à la réussite mais il est peut-être heureux avec cette vie-là.

Quel est votre votre parcours ?
J'ai fait de la sociologie, mais j'étais trop dans la démonstration, dans l’analyse, alors que la littérature est capable d’investir le réel, de s’intéresser au particulier et à l’individuel. Je ne veux pas écrire pour montrer le déterminisme sociologique à l'aide d'équations. J'ai commencé l’écriture dès 8 ans, puis ma jeunesse, à l’adolescence j'ai refoulé ce désir d'écrire, ne m’autorisant qu’à écrire du rap. Puis le désir d’écriture s’est transformé en volonté, puis en nécessité.

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Comment avez-vous eu l’idée d’écrire Fief ?
J'avais la sensation de maîtriser l’écriture du quotidien, et je voulais investir un univers que je connais bien. Je voulais observer cette injonction sociale qui veut qu’on parte de la ville de province où on habite pour réussir, alors que beaucoup de personnes n’en ressentent pas vraiment le désir. "Réussir c'est trahir" C'est Poto qui le dit en faisant allusion à la réussite dans le rap. Il y a une injonction contradictoire entre l'émancipation et le fait d'être rassuré de rester. Je voulais aussi mettre au jour le fait que les personnages parlent de leur vie avec les paroles des autres parfois en disant qu'il veulent partir parce qu'ils s'ennuie là où ils sont, comme Poto. Est-ce une injonction sociale ? Ou le pense-t-il vraiment ?

Comment est venue l'idée du titre ?
« Fief » était le titre du chapitre maintenant intitulé « Baromètre ». Et puis le titre
« Aquarium » (le bocal clos dans lequel on tourne en rond mais aussi concrètement la pièce dans laquelle on s'enferme pour fumer des joints) que je voulais absolument était déjà pris par un romancier américain. Ce mot est aussi le nom de mon véritable quartier à Nemours, et c'est un un mot qui va bien, qui évoque la chose à soi, le lieu géographiquement fermé et qu’on maîtrise. Finalement, je suis heureux de ce titre plus mystérieux qu’Aquarium. Le FIEF c'est la chose à soi, la source d'où tout part.

Quelle est la Ville que vous avez prise comme modèle ?
Nemours, ma ville d’enfance, au sud de Paris, à 100 km : ville de l’entre-deux, du moyen, cuvette.

Quelles sont vos influences littéraires ?
Dragon Ball Z !! , Louis -Ferdinand Céline, Louis Calaferte, Marcel Jouhandeau : les narrations torturées à la première personne, ceux qui savent rire du tragique de l’existence et qui savent faire un pas de côté. Investir le tragique de l'existence en ayant la capacité d'en rire. L' humour c'est la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive.
J'aime aussi Barjavel pour sa capacité à l'émerveillement.
Et Robinson Crusoé qui montre que si on se met à quelque chose, on peut s'en rendre expert. Par le travail, par les outils, il fait exister son intériorité.

Comment avez-vous travaillé cette langue marquée par l’oralité ? 
Les paroles sont rapportées sans guillemets, sans aller à la ligne et sans tirets parce que les personnages ne disent rien d'important souvent certes mais aussi je trouvais que d'aller à la ligne fait trébucher la lecture et brise le rythme. L’idée, c’est d’entendre les paroles des personnages rapportées par Jonas : les paroles passent par son filtre : on a donc une fluidité de la lecture et une forme de liberté dans le flux de pensée auquel on intègre la parole. Je me définis comme un auteur fasciné par la parole, l’art de la répartie, l’oralité. Ecrire l’oral est un vrai défi pour moi. La phrase qu'on écrit est coup qu'on donne comme en boxe, de la majuscule, pieds au sol pour arriver à l'impact.
Et puis les discussions des personnages ont toujours l’air de désamorcer une vraie discussion naissante.

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15 janvier 2019

Rachel Corenblit au lycée

Vendredi 18 janvier Rachel Corenblit a rencontré les 209 et les 201. 

Les 209 ont lu 146298, un roman revenant sur la déportation des juifs et les 201, La plus belle de toutes, un roman drôle et critique sur la téléréalité.

A  cette occasion les élèves avaient préparé textes et réalisations personnelles.

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IMG_20190118_105129Boite à livre : un interrupteur permet d'allumer l'intérieur de la boite et de regarder par la petite fenêtre des illustrations du roman.

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11 décembre 2018

Prix Jean Renoir des lycéens. En liberté de Pierre Salvadori

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Prix Jean Renoir des lycéens. Sami de Amanda Kernell

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                                                                                                                                                                                                      Iseult Canac

 

Sâmi, à la recherche de soi-même.

Le nom de Sâmi est celui d'un peuple et non d'un enfant, comme le titre pourrait le faire croire. Et pourtant cette erreur n'en est pas tout à fait une, car le film se concentre sur une jeune fille du nom d'Ella Marja, dont la vie évoque celle imposée à l'ensemble de son peuple. En effet, Elle Marja est lapone : elle appartient au peuple Sâmi, vivant au nord de la Suède. Mais les particularités culturelles et physiologiques de ces éleveurs de rennes les mettent à l'écart de la société suédoise, et en butte au racisme.
D'ailleurs le spectateur est confronté très vite à des scènes très crues, qui témoignent à la fois de la dureté de vie des Sâmis et, par contrecoup, du regard méprisant que portent sur eux des Suédois qui se pensent plus civilisés. Le marquage d'un renne par Elle Marja montre de façon brutale et réaliste le maintien de l'animal par la jeune fille, qui pèse sur lui de tout son poids, et sa découpe au couteau d'un morceau d'oreille. Habitant sur des terres rudes, les Sâmis n'ont pas peur de se frotter aux animaux comme à la terre : ils portent sur eux l'odeur des bêtes qu'ils élèvent et gardent de la terre sous les ongles, car ils ne peuvent se laver que dans les rivières, souvent gelées. Cela suffit pour qu'on les considère comme des animaux.
De nombreuses scènes font écho à celle du marquage du renne, montrant cette fois une violence appliquée aux Sâmis eux-mêmes, par les Suédois. Ce parallélisme suffit à faire comprendre que la sauvagerie reprochée aux Sâmis n'est pas absente de la société suédoise. Elle est même pire chez les Suédois, car elle s'applique à des hommes et même, ce qui est encore pire, à des enfants. Le déshabillage de force des jeunes filles sâmies, à l'école, sous l'autorité conjuguée d'un médecin et de leur maîtresse ; les mesures anthropométriques visant à vérifier leur appartenance à une sous-espèce humaine ; le refus de les laisser accéder à l'enseignement secondaire, au prétexte que leur cerveau ne supporterait ni la ville ni le poids du savoir ; ou encore le marquage d'Elle Marja à l'oreille, au couteau, par une bande de jeunes suédois qui lui appliquent le traitement réservé aux rennes d'élevage : le film est ponctué du rappel de la violence faite à la minorité ethnique des Sâmis, qui doivent apprendre à marcher tête baissée pour ne pas croiser le regard plein de mépris et de haine que portent sur eux les villageois, dès qu'apparaît leur troupe d'enfants en costume bariolé scolarisée de force à l'école suédoise.
Mais Elle Marja décide de ne pas se plier au destin de mépris que l'on dessine pour elle : puisqu'on ne peut pas l'accepter comme elle est, elle veut devenir entièrement suédoise. Elle choisit d'abandonner ceux qui l'aiment, sa famille, pour essayer de vivre dans de meilleures conditions. Cela commence par de petits gestes, comme le refus de chanter le joik, le chant traditionnel des Sâmis, puis l'imitation des gestes des Suédois : leur manière de s'habiller, leurs fêtes, leur souci de l'hygiène et de l'odeur des corps. Arrive enfin le moment symbolique du changement de prénom : elle prend celui de sa belle professeure, Cristina, persuadée que cela, conjugué à sa parfaite maîtrise du suédois, suffira à la rendre suédoise. C'est le point de non-retour. Le geste ultime consistera à brûler ses vêtements traditionnels.
Pourquoi Elle Marja s'obstine-t-elle à vouloir faire partie du peuple qui la méprise ? Ne joue-t-elle pas un jeu dangereux, où elle ne peut que perdre à la fois l'estime des siens et la possibilité de s'intégrer dans le monde qui lui fait envie, puisqu'elle ne ressemblera jamais à une Suédoise, elle dont le corps trapu et court trahit les origines lapones ?
Ce film est très émouvant, tragique, et nous invite à nous remettre en question. Renier sa famille dans l'espoir de trouver la paix n'est-il pas une erreur ? Surtout s'il s'agit de foncer bêtement chez l'oppresseur, malgré tout ce qui peut paraître, chez lui, séduisant... D'ailleurs le personnage de Niklas, beau suédois blond qui, le premier, apprend à Elle Marja sa capacité de séduction et la regarde comme une femme, est une métaphore de la beauté illusoire du monde auquel elle rêve : il n'a jamais le courage, face à ses parents ou face à ses amis, d'assumer son attirance pour elle.
A travers Elle Marja, nous pouvons voir la difficulté à se sentir différent : cela peut amener à l'abandon de tout ce qui est primordial à l'humain, comme la confiance en soi ou en autrui, mais aussi la raison ou la famille.

Amina Jamal, seconde 2, Lycée Jean Moulin de Pézenas
Sâmi, une jeunesse en Laponie
Donner à voir l'insupportable.


Elle hésite. Elle ne veut pas. Face à l'appareil photo, Elle Marja peine à obéir au docteur.
- Déshabille-toi !
- Elle Marja, gronde la maîtresse, montre l'exemple.
Face à Elle Marja, ses jeunes camarades attendent sa réaction, et ses conséquences. La jeune Lapone voit une ombre à la fenêtre : les garçons du village, d'habitude postés sur le bord de la route pour insulter les jeunes pensionnaires, sont venus voir le spectacle.
- Déshabille-toi !
La voix du docteur se fait plus insistante. Elle Marja retire alors sa tunique et la roule en boule au niveau de sa poitrine pour la cacher. Un silence pesant règne.
- Mets tes mains derrière la tête.
Elle Marja n'obéit pas, mais elle ne proteste pas : elle n'en a pas le droit. Elle attend.
- Elle Marja, dépêche-toi d'obéir, reprend l'enseignante.
Le photographe attend. Soudain le docteur s'approche de la jeune Lapone, lui arrache sa tunique et lui prend violemment les bras pour les caler derrière sa tête. Elle résiste de son mieux contre le dévoilement brutal de son corps entièrement dénudé mais le docteur a une poigne de fer. Elle doit se laisser faire. Le flash retentit et résonne comme un coup de feu pour toutes les jeunes sâmies dans la pièce. Elle Marja est humiliée, devant ses camarades, devant sa maîtresse, devant les garçons du village suédois, toujours à l'affût, et devant sa jeune sœur...

Cette scène d'anthropométrie est emblématique de la violence qui entoure la vie d'Elle Marja, jeune fille d'origine lapone qui, dans les années 1930, endure au quotidien le racisme dont son peuple est l'objet en Suède. Brillante élève, elle se voit pourtant refuser la poursuite d'études par une institutrice qu'elle admire, sous prétexte que son destin est de vivre sur les terres de Laponie, trop austères pour les Suédois qui les ont colonisées, et que son cerveau n'est pas fait pour apprendre : c'est sans doute ce que le médecin, dont les gestes s'apparentent à ceux d'un violeur, souhaite prouver lorsqu'il vient prendre les mesures de quelques « spécimens » lapons. A aucun moment il ne prend la peine de répondre aux questions de la jeune fille, qui cherche à comprendre le pourquoi de cette consultation médicale si particulière.
Cette scène correspond aussi à la violence de trop pour Elle Marja, dont l'intelligence vive refuse d'accepter la sentence d'infériorité qui pèse sur elle. Assoiffée de reconnaissance, elle choisit alors de se défaire de ses racines et de partir vers la civilisation suédoise, ne trouvant sa place parmi eux qu'au prix d'un complet reniement de ses origines. Elle choisit un nouveau nom, abandonne mère et sœur, et naît à une nouvelle vie, sous le nom de Cristina : elle sera Suédoise, quel qu'en soit le prix. Mais tout cela est, dans le film, l'objet d'un long flash-back.

Car le film s'ouvre sur le gros plan d'une vieille femme fumant une cigarette, sans musique, sous un ciel gris et dans un décor sombre. C'est Elle Marja. Amanda Kernell crée autour d'elle une ambiance oppressante. On comprend que sa vie n'a pas été joyeuse et qu'elle a traversé des épreuves difficiles. Le choix qu'elle a fait lui revient dans toute sa violence alors que, désormais âgée, elle doit revenir sur ses terres natales pour enterrer sa jeune sœur. Revenue parmi les siens, parviendra-t-elle encore à être sûre de la vérité de son choix ?

Durant tout le film, les scènes s’enchaînent sans transitions, brutalement. La musique est rare, ce qui souligne le côté dur et réaliste voulu par la réalisatrice. De nombreux gros plans sur Elle Marja accentuent la moindre de ses émotions et créent alors un lien entre le spectateur et la Lapone.
La nature âpre de Laponie est très présente, comme si elle enveloppait notre héroïne malgré elle, car Elle Marja veut échapper à ce cadre qui, pour elle, est une prison à ciel ouvert dans laquelle l'enferment à la fois son peuple, qui l'enjoint à rester Sâmie, et les Suédois, pour qui elle n'est qu'un élément étrange et, au mieux, pittoresque, dans le paysage lapon, au même titre que les troupeaux de rennes des Sâmis : les plans sur les regards de jugement des Suédois sont insistants, ils sont même parfois au centre de l'écran, nous mettant mal à l'aise car, en les dirigeant vers nous, la caméra nous fait comprendre ce qu'endure Elle Marja.

Le cadre est parfois tremblant, montrant la confusion et la peur d'Elle Marja dans un monde qui ne veut pas d'elle. Et la lumière franche est rare, comme pour traduire l'obscurantisme dont sont victimes les jeunes Sâmis. Mais lorsqu'Elle Marja arrive en ville, franchissant l'obscurité d'un tunnel, la lumière peu à peu éclaire son visage jusqu'à ce qu'elle soit rayonnante devant le paysage urbain auquel elle vient de naître : elle est parvenue sur les terres de ses rêves, là où elle trouvera la force de devenir elle-même.
Dans ce monde, le regard d'Elle Marja devient sensible au moindre signe de richesse et de distinction, à l'image de ce gâteau crémeux qu'elle mange avec vénération : ils font écho à l'émerveillement d'Elle Marja devant les objets, luxueux à ses yeux, appartenant à son institutrice : les livres, le service à thé, la robe à fleurs, et la distinction de cette femme blonde, grande et mince, admirée jusque dans sa façon de tenir sa tasse de thé.

Autant d'éléments dont notre regard de spectateurs peut douter, pourtant, qu'ils justifient le reniement de ses origines.

Tout le propos du film est en effet de nous faire réfléchir aux motivations d'Elle Marja, mais aussi aux conséquences de ses choix, autour d'elle mais surtout en elle. On comprend que le retour sur les terres natales est douloureux, car tout dans le personnage d'Elle Marja s'y refuse. Il faut la tendresse infinie d'un fils, qui aime sa mère pour ce qu'elle est, pour parvenir à la ramener vers des origines qu'elle a cru pouvoir oublier.

Sans jamais donner de leçons, sans jamais asséner de vérités, Amanda Kernell nous donne à voir toute la difficulté à trouver son chemin pour qui appartient à une minorité ethnique méprisée, car aucun choix n'est exempt de violence : parce qu'Elle Marja maîtrise parfaitement deux cultures antagonistes, tout choix sera pour elle un reniement.

Nous quittons la salle plus riches de questionnements que de réponses, et c'est la grande force du film que de nous obliger à reconnaître dans Elle Marja, interprétée avec une justesse et une force étonnante, de très profondes qualités de courage et de détermination : non pas quelqu'un « comme nous », mais quelqu'un de bien plus fort que nous...

Jarod Guffroy, seconde 2, lycée Jean Moulin de Pézenas
 
Sâmi, une jeunesse en Laponie 

Ce film est à la fois un récit d’aventures, où nous suivons la vie d’une jeune adolescente, et une réflexion sur la question identitaire. Car ce film dur, triste, traite le sujet du racisme des Suédois envers le peuple Sâmi mais aussi du rejet de ses propres racines pour tenter de rentrer dans un cercle. 
La narration repose en particulier sur une série de flashbacks où l’on assiste à l’enfance difficile et traumatisante d’Elle Marja. Personnage central, Elle Marja est fascinante et intriguante. Son refus de se soumettre au système, ses différentes révoltes et ses inlassables protestations face à la cruauté de ses contemporains, en font une héroïne flamboyante à laquelle on peut s’identifier. Tout d’abord car elle renie ses origines, essaie de s’intégrer aux « autres », les Suédois. Elle veut trouver sa place et fait preuve de révolte. Paradoxalement , son manque total de bienveillance envers sa famille, ses racines, et de compassion pour les siens traduit un racisme auto-infligé, encore pire que le regard des gens et qui va la conduire à la culpabilité. 
Elle-Marja et sa sœur sont dans un pensionnat en Suède. Là-bas, elles vont subir plusieurs humiliations et discriminations ; par exemple quand elles passent devant les Suédois, elles se font insulter et dévisager et cela ira jusqu'à l'acte de violence, le jour où Elle-Marja a le malheur de se défendre et de protester. Les Sâmis, éleveurs de rennes, se font dénigrer à longueur de temps car ils sont considérés comme des gens inférieurs aux Suédois : leur peuple est traité comme une « sous-espèce » 
Ce film est très sensible, de plus il est inspiré d’une histoire réelle. Les plans du film et la musique rendent le film dur et fort de caractère. Il offre une fin d'une beauté iouïe, dont le message d’humilité résonne avec force longtemps après la projection. 

Osanna Brun, seconde 2, lycée Jean Moulin de Pézenas.

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