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 Le blog culturel du CDI du lycée Jean Moulin de Pézenas.

 

 

 
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11 février 2019

Lettre de Poto : texte écrit par Diane, 1°L1, à partir de Fief de David Lopez

Diane a imaginé que Poto s'adresse à un producteur pour enregistrer ses raps.

 

Bonjour, bonsoir, M’sieur ou M’dame,

 

j’sais pas à quelle heure vous lirez ça, ni qui vous êtes vraiment, bref on s’en bat un peu les couilles non? Du coup j’me présente, Poto, de base j’men foutais je voulais rien envoyer, j’men fou d’la fame ce que j’aime moi c’est la musique, la vraie qui vient du coeur qu’on rappe aux potos ou qu’on fait pour le dire à sa go. J’écris des textes depuis que j’suis petit même sur les bancs de l’école entre deux parties de foot avec les frères. J’vous le dit direct comme ça c’est fait, j’compte pas écarter les cuisses pour être diffusé, soit vous aimez soit vous aimez pas mais soyez francs. Puisqu’on est dans la franchise j’suis pas un grand intellectuel non plus vous l’aurez vu, mais croyez pas j’suis loin d’être con et on le voit dans mes sons. En vrai l’moment où j’écris l’mieux c’est quand j’suis chéper mais tout les grands ils font ça, du coup j’vous laisse un petit morceau c’que j’ai fait que vous puissiez mater la qualité :

 

Du bou d’ma plûm j’ékri ma doulere bezouin dévazion vo promess jenai pa vu la kouleure rien né taki retien b1 tout s’termin aven lheur on fé alé dure 2 remonter la pante sure dé roler gé le keur frois kom 1 cor sen ham arret 2 cherché batar taura pa 2 pom san arbre soi t for soi t faibl kom 1 keuf sen arm ona perdu tt santiman mé i a pa 2 mor sen larm atrissethé pare lé evennement ki previen pa n’atten pa ke le dessetin frap vazy reveil toi gé limpression davoire tou rater gpace mon ten a regrété ia telmen 2 jourou jaimrai tt cassé bah oe jss pa dumeure é pluto ss precion tojoure un euille ouverre poure trouvé dé repons a mé kestions si jeme laissé aller i auré lontem qu’jorai kitté c’monde

 

J’vous laisse mon numéro pour me contacter si vous voulez, à bientôt j’espère.

 

PS: dézoler poure lé fot, C mon poto Lahuiss ka korigé la lètre mé javé pa le texte sure moi du cou gé ragouter apré é ile a pa put sans okupé.

PPS: ile a auci di ke cétai pa kom sa con s’adressez a dé gen par lettr mé jsé pa coman on fé moi gen ecri jammai il soule.

 

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La maison de Romain dans Fief de David Lopez

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 "A peine ai-je poussé le portail qu'une branche sortie de nulle part m'agresse, manquant de me crever un oeil. Je la repousse d'un geste vif, esquive latérale, et j'entre dans la cour, où je constate le bordel végétal qu'on a laissé s'installer là. Ce qui pourrait être un jardinet est ici un champ de ronces où chaque buisson se dispute le droit de dominer les autres. Un merdier pas possible. Une petite allée mène à la maison, et aussi mince qu'on puisse être on ne peut l'emprunter sans que des épines s'accrochent à la veste, et sans avoir à enjamber quelques branches. Il y a une dizaine de mètres à parcourir avant d'arriver devant la porte. Je me verrais bien avec une machette. Sur la gauche, la jungle fait le tour de la maison, et si ça continue comme ça bientôt on ne la verra plus. "

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Rencontre avec David Lopez

Rencontre entre David Lopez
et les premières S1, L1 et ST1
Vendredi 8 février 2018 au CDI du lycée Jean Moulin

David Lopez est l'auteur de Fief, qui a reçu le prix du livre Inter en 2018.

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Pourquoi un roman qui semble sans but ?
Ce roman n’est pas un roman à intrigue, il n’est pas « scénarisé », ce n’est pas un « roman de formation » : il n’y a pas de chemin initiatique vers la résolution. J e préfère montrer le réel comme il est, car la vie n’est pas scénarisée : il s’agit de montrer des tranches de vie sans artifice, de dérouler des motifs pour raconter quelque chose derrière ces motifs, raconter quelque chose dans le sous-texte. Le roman pas le lieu de l'intellect de la pensée mais le lieu de l'émotion de la sensation.

Pourquoi Jonas perd-t-il son combat à la fin ?
Ce combat perdu était prévu depuis le début par Jonas car je voulais raconter une histoire de loose dans un « anti feel good book » : la vie peut être belle même quand on n’est pas heureux, même quand on perd un combat : il s’agissait plutôt de montrer la poésie de la vie quotidienne, de montrer comment on peut être présent à soi-même et aux choses qui nous entourent. Et puis dans la vie, quand on ne travaille pas, on perd, alors il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas le cas dans le livre. Je voulais montrer aussi qu'entre 4 cordes on se sent fragile, on n'est pas dans Rocky !

Pourquoi y-a-t-il autant de descriptions ?
Parce que pour moi, ce qui est intéressant dans l’écriture ce n’est pas le « drama », c'est-
à dire l’action, c’est plutôt de raconter les choses de manière indirecte, donc décrire le décor, les gestes -je peux écrire 50 pages sur le mouvement d'une épaule!-, ce qui permet de créer une ambiance et de raconter les choses indirectement. Il s’agit d’ECRIRE DANS plutôt que d’ECRIRE SUR, d’incarner les choses, de MONTRER plutôt que de DIRE. Ma technique d'écriture ressemble à un plan séquence cinéma. Pas de "discours sur" : je veux susciter chez le lecteur quelque chose, je ne suis pas dans la démonstration mais dans la monstration. Je sélectionne des détails, des motifs qui servent à raconter l'histoire. Il y a une beauté possible dans l'insignifiant. Le comment participe à révéler le quoi.

Pourquoi les personnages ne sont-ils pas décrits physiquement ?
Parce qu’ils se définissent par leur action, par leur attitude, par leur manière d’être et de parler plus que par une couleur de peau ou de cheveux, car je ne veux pas les enfermer dans des clichés. J'avoue que cela part à la base d’une lacune (je ne sais pas faire des portraits ! ) et j'ai transformé cette faiblesse en force et en proposition esthétique. Par exemple dans le passage de la carpe qui se contorsionne pour avoir la place de tourner en rond : c'est Jonas qui voit cela mais le narrateur ne nous dit pas ce que cela peut signifier : c'est de l'évocation et pas de l'explication.
Dans le chapitre « Caillou »  j 'étais parti d’une écriture automatique de 52 pages que j' ai réduit à 3 pages : il s’agissait de se perdre en chemin pour découvrir de nouveaux passages. Dans l' écriture on trace une route et on sort à la première occasion : ce sont les accidents qui valent le coup.

Pourquoi la mère de Jonas n’existe pas ?
J' ai beaucoup investi le champ du père et j' avoue que cela m'a beaucoup « coûté », je ne voyais donc pas faire la même chose avec la mère. Je pense que l’absence de la mère, si elle n’est pas expliquée, crée une faille ou un manque chez le personnage de Jonas : elle crée quelque-chose dans sa relation avec Wanda qu’on peut expliquer comme on veut. Jonas a un souci dans sa relation avec les femmes peut-être. Les blancs de la fiction sont des blancs dans lesquels le lecteur peut mettre ce qu’il veut. Ces zones blanches sont voulues : la littérature doit donner des indices plutôt que des preuves, le texte ne doit pas décider d’un sens, même j'avoue prendre un risque éthique au nom de l’esthétique.

La relation Jonas / Wanda est compliquée, pourquoi ?
Dans Fief j' évoque une forme de misère sexuelle masculine mai sans rentrer dans les détails. Je dis que Jonas est dans une forme de servitude volontaire face à Wanda, il est passif et Wanda cristalliserait toutes les angoisses de Jonas, ainsi que la féminité dans tout ce qu’elle a de plus contrariant, de plus complexe. Elle pourrait incarner l’auto-disqualification de Jonas. Il n'arrive pas à se projeter et à s'investir et Wanda en souffre. Pour moi elle est amoureuse de lui. Elle aurait voulu qu'il s'investisse davantage dans leur relation.

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Quels sont les rapports entre vous et votre personnage principal narrateur, Jonas ?
Jonas c'est le garçon que j'aurais pu devenir et que je n'aurais pas voulu devenir. Ce n'est pas moi mais il a le même complexe d’auto-disqualification dans la vie que j'ai pu avoir avec l’écriture. Je me situe entre Jonas, pour qui il j' ai beaucoup d’empathie, et Lahuiss qui fait ses études à Paris, comme j'ai pu le faire, avec le brin de condescendance en moins. Jonas est comptable de ses déboires, il n'a pas passé le cap entre le rêve et le désir. Mais Jonas ne souffre pas forcément. On lui fait croire à la réussite mais il est peut-être heureux avec cette vie-là.

Quel est votre votre parcours ?
J'ai fait de la sociologie, mais j'étais trop dans la démonstration, dans l’analyse, alors que la littérature est capable d’investir le réel, de s’intéresser au particulier et à l’individuel. Je ne veux pas écrire pour montrer le déterminisme sociologique à l'aide d'équations. J'ai commencé l’écriture dès 8 ans, puis ma jeunesse, à l’adolescence j'ai refoulé ce désir d'écrire, ne m’autorisant qu’à écrire du rap. Puis le désir d’écriture s’est transformé en volonté, puis en nécessité.

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Comment avez-vous eu l’idée d’écrire Fief ?
J'avais la sensation de maîtriser l’écriture du quotidien, et je voulais investir un univers que je connais bien. Je voulais observer cette injonction sociale qui veut qu’on parte de la ville de province où on habite pour réussir, alors que beaucoup de personnes n’en ressentent pas vraiment le désir. "Réussir c'est trahir" C'est Poto qui le dit en faisant allusion à la réussite dans le rap. Il y a une injonction contradictoire entre l'émancipation et le fait d'être rassuré de rester. Je voulais aussi mettre au jour le fait que les personnages parlent de leur vie avec les paroles des autres parfois en disant qu'il veulent partir parce qu'ils s'ennuie là où ils sont, comme Poto. Est-ce une injonction sociale ? Ou le pense-t-il vraiment ?

Comment est venue l'idée du titre ?
« Fief » était le titre du chapitre maintenant intitulé « Baromètre ». Et puis le titre
« Aquarium » (le bocal clos dans lequel on tourne en rond mais aussi concrètement la pièce dans laquelle on s'enferme pour fumer des joints) que je voulais absolument était déjà pris par un romancier américain. Ce mot est aussi le nom de mon véritable quartier à Nemours, et c'est un un mot qui va bien, qui évoque la chose à soi, le lieu géographiquement fermé et qu’on maîtrise. Finalement, je suis heureux de ce titre plus mystérieux qu’Aquarium. Le FIEF c'est la chose à soi, la source d'où tout part.

Quelle est la Ville que vous avez prise comme modèle ?
Nemours, ma ville d’enfance, au sud de Paris, à 100 km : ville de l’entre-deux, du moyen, cuvette.

Quelles sont vos influences littéraires ?
Dragon Ball Z !! , Louis -Ferdinand Céline, Louis Calaferte, Marcel Jouhandeau : les narrations torturées à la première personne, ceux qui savent rire du tragique de l’existence et qui savent faire un pas de côté. Investir le tragique de l'existence en ayant la capacité d'en rire. L' humour c'est la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive.
J'aime aussi Barjavel pour sa capacité à l'émerveillement.
Et Robinson Crusoé qui montre que si on se met à quelque chose, on peut s'en rendre expert. Par le travail, par les outils, il fait exister son intériorité.

Comment avez-vous travaillé cette langue marquée par l’oralité ? 
Les paroles sont rapportées sans guillemets, sans aller à la ligne et sans tirets parce que les personnages ne disent rien d'important souvent certes mais aussi je trouvais que d'aller à la ligne fait trébucher la lecture et brise le rythme. L’idée, c’est d’entendre les paroles des personnages rapportées par Jonas : les paroles passent par son filtre : on a donc une fluidité de la lecture et une forme de liberté dans le flux de pensée auquel on intègre la parole. Je me définis comme un auteur fasciné par la parole, l’art de la répartie, l’oralité. Ecrire l’oral est un vrai défi pour moi. La phrase qu'on écrit est coup qu'on donne comme en boxe, de la majuscule, pieds au sol pour arriver à l'impact.
Et puis les discussions des personnages ont toujours l’air de désamorcer une vraie discussion naissante.

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15 janvier 2019

Rachel Corenblit au lycée

Vendredi 18 janvier Rachel Corenblit a rencontré les 209 et les 201. 

Les 209 ont lu 146298, un roman revenant sur la déportation des juifs et les 201, La plus belle de toutes, un roman drôle et critique sur la téléréalité.

A  cette occasion les élèves avaient préparé textes et réalisations personnelles.

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IMG_20190118_105129Boite à livre : un interrupteur permet d'allumer l'intérieur de la boite et de regarder par la petite fenêtre des illustrations du roman.

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11 décembre 2018

Prix Jean Renoir des lycéens. En liberté de Pierre Salvadori

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Prix Jean Renoir des lycéens. Sami de Amanda Kernell

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                                                                                                                                                                                                      Iseult Canac

 

Sâmi, à la recherche de soi-même.

Le nom de Sâmi est celui d'un peuple et non d'un enfant, comme le titre pourrait le faire croire. Et pourtant cette erreur n'en est pas tout à fait une, car le film se concentre sur une jeune fille du nom d'Ella Marja, dont la vie évoque celle imposée à l'ensemble de son peuple. En effet, Elle Marja est lapone : elle appartient au peuple Sâmi, vivant au nord de la Suède. Mais les particularités culturelles et physiologiques de ces éleveurs de rennes les mettent à l'écart de la société suédoise, et en butte au racisme.
D'ailleurs le spectateur est confronté très vite à des scènes très crues, qui témoignent à la fois de la dureté de vie des Sâmis et, par contrecoup, du regard méprisant que portent sur eux des Suédois qui se pensent plus civilisés. Le marquage d'un renne par Elle Marja montre de façon brutale et réaliste le maintien de l'animal par la jeune fille, qui pèse sur lui de tout son poids, et sa découpe au couteau d'un morceau d'oreille. Habitant sur des terres rudes, les Sâmis n'ont pas peur de se frotter aux animaux comme à la terre : ils portent sur eux l'odeur des bêtes qu'ils élèvent et gardent de la terre sous les ongles, car ils ne peuvent se laver que dans les rivières, souvent gelées. Cela suffit pour qu'on les considère comme des animaux.
De nombreuses scènes font écho à celle du marquage du renne, montrant cette fois une violence appliquée aux Sâmis eux-mêmes, par les Suédois. Ce parallélisme suffit à faire comprendre que la sauvagerie reprochée aux Sâmis n'est pas absente de la société suédoise. Elle est même pire chez les Suédois, car elle s'applique à des hommes et même, ce qui est encore pire, à des enfants. Le déshabillage de force des jeunes filles sâmies, à l'école, sous l'autorité conjuguée d'un médecin et de leur maîtresse ; les mesures anthropométriques visant à vérifier leur appartenance à une sous-espèce humaine ; le refus de les laisser accéder à l'enseignement secondaire, au prétexte que leur cerveau ne supporterait ni la ville ni le poids du savoir ; ou encore le marquage d'Elle Marja à l'oreille, au couteau, par une bande de jeunes suédois qui lui appliquent le traitement réservé aux rennes d'élevage : le film est ponctué du rappel de la violence faite à la minorité ethnique des Sâmis, qui doivent apprendre à marcher tête baissée pour ne pas croiser le regard plein de mépris et de haine que portent sur eux les villageois, dès qu'apparaît leur troupe d'enfants en costume bariolé scolarisée de force à l'école suédoise.
Mais Elle Marja décide de ne pas se plier au destin de mépris que l'on dessine pour elle : puisqu'on ne peut pas l'accepter comme elle est, elle veut devenir entièrement suédoise. Elle choisit d'abandonner ceux qui l'aiment, sa famille, pour essayer de vivre dans de meilleures conditions. Cela commence par de petits gestes, comme le refus de chanter le joik, le chant traditionnel des Sâmis, puis l'imitation des gestes des Suédois : leur manière de s'habiller, leurs fêtes, leur souci de l'hygiène et de l'odeur des corps. Arrive enfin le moment symbolique du changement de prénom : elle prend celui de sa belle professeure, Cristina, persuadée que cela, conjugué à sa parfaite maîtrise du suédois, suffira à la rendre suédoise. C'est le point de non-retour. Le geste ultime consistera à brûler ses vêtements traditionnels.
Pourquoi Elle Marja s'obstine-t-elle à vouloir faire partie du peuple qui la méprise ? Ne joue-t-elle pas un jeu dangereux, où elle ne peut que perdre à la fois l'estime des siens et la possibilité de s'intégrer dans le monde qui lui fait envie, puisqu'elle ne ressemblera jamais à une Suédoise, elle dont le corps trapu et court trahit les origines lapones ?
Ce film est très émouvant, tragique, et nous invite à nous remettre en question. Renier sa famille dans l'espoir de trouver la paix n'est-il pas une erreur ? Surtout s'il s'agit de foncer bêtement chez l'oppresseur, malgré tout ce qui peut paraître, chez lui, séduisant... D'ailleurs le personnage de Niklas, beau suédois blond qui, le premier, apprend à Elle Marja sa capacité de séduction et la regarde comme une femme, est une métaphore de la beauté illusoire du monde auquel elle rêve : il n'a jamais le courage, face à ses parents ou face à ses amis, d'assumer son attirance pour elle.
A travers Elle Marja, nous pouvons voir la difficulté à se sentir différent : cela peut amener à l'abandon de tout ce qui est primordial à l'humain, comme la confiance en soi ou en autrui, mais aussi la raison ou la famille.

Amina Jamal, seconde 2, Lycée Jean Moulin de Pézenas
Sâmi, une jeunesse en Laponie
Donner à voir l'insupportable.


Elle hésite. Elle ne veut pas. Face à l'appareil photo, Elle Marja peine à obéir au docteur.
- Déshabille-toi !
- Elle Marja, gronde la maîtresse, montre l'exemple.
Face à Elle Marja, ses jeunes camarades attendent sa réaction, et ses conséquences. La jeune Lapone voit une ombre à la fenêtre : les garçons du village, d'habitude postés sur le bord de la route pour insulter les jeunes pensionnaires, sont venus voir le spectacle.
- Déshabille-toi !
La voix du docteur se fait plus insistante. Elle Marja retire alors sa tunique et la roule en boule au niveau de sa poitrine pour la cacher. Un silence pesant règne.
- Mets tes mains derrière la tête.
Elle Marja n'obéit pas, mais elle ne proteste pas : elle n'en a pas le droit. Elle attend.
- Elle Marja, dépêche-toi d'obéir, reprend l'enseignante.
Le photographe attend. Soudain le docteur s'approche de la jeune Lapone, lui arrache sa tunique et lui prend violemment les bras pour les caler derrière sa tête. Elle résiste de son mieux contre le dévoilement brutal de son corps entièrement dénudé mais le docteur a une poigne de fer. Elle doit se laisser faire. Le flash retentit et résonne comme un coup de feu pour toutes les jeunes sâmies dans la pièce. Elle Marja est humiliée, devant ses camarades, devant sa maîtresse, devant les garçons du village suédois, toujours à l'affût, et devant sa jeune sœur...

Cette scène d'anthropométrie est emblématique de la violence qui entoure la vie d'Elle Marja, jeune fille d'origine lapone qui, dans les années 1930, endure au quotidien le racisme dont son peuple est l'objet en Suède. Brillante élève, elle se voit pourtant refuser la poursuite d'études par une institutrice qu'elle admire, sous prétexte que son destin est de vivre sur les terres de Laponie, trop austères pour les Suédois qui les ont colonisées, et que son cerveau n'est pas fait pour apprendre : c'est sans doute ce que le médecin, dont les gestes s'apparentent à ceux d'un violeur, souhaite prouver lorsqu'il vient prendre les mesures de quelques « spécimens » lapons. A aucun moment il ne prend la peine de répondre aux questions de la jeune fille, qui cherche à comprendre le pourquoi de cette consultation médicale si particulière.
Cette scène correspond aussi à la violence de trop pour Elle Marja, dont l'intelligence vive refuse d'accepter la sentence d'infériorité qui pèse sur elle. Assoiffée de reconnaissance, elle choisit alors de se défaire de ses racines et de partir vers la civilisation suédoise, ne trouvant sa place parmi eux qu'au prix d'un complet reniement de ses origines. Elle choisit un nouveau nom, abandonne mère et sœur, et naît à une nouvelle vie, sous le nom de Cristina : elle sera Suédoise, quel qu'en soit le prix. Mais tout cela est, dans le film, l'objet d'un long flash-back.

Car le film s'ouvre sur le gros plan d'une vieille femme fumant une cigarette, sans musique, sous un ciel gris et dans un décor sombre. C'est Elle Marja. Amanda Kernell crée autour d'elle une ambiance oppressante. On comprend que sa vie n'a pas été joyeuse et qu'elle a traversé des épreuves difficiles. Le choix qu'elle a fait lui revient dans toute sa violence alors que, désormais âgée, elle doit revenir sur ses terres natales pour enterrer sa jeune sœur. Revenue parmi les siens, parviendra-t-elle encore à être sûre de la vérité de son choix ?

Durant tout le film, les scènes s’enchaînent sans transitions, brutalement. La musique est rare, ce qui souligne le côté dur et réaliste voulu par la réalisatrice. De nombreux gros plans sur Elle Marja accentuent la moindre de ses émotions et créent alors un lien entre le spectateur et la Lapone.
La nature âpre de Laponie est très présente, comme si elle enveloppait notre héroïne malgré elle, car Elle Marja veut échapper à ce cadre qui, pour elle, est une prison à ciel ouvert dans laquelle l'enferment à la fois son peuple, qui l'enjoint à rester Sâmie, et les Suédois, pour qui elle n'est qu'un élément étrange et, au mieux, pittoresque, dans le paysage lapon, au même titre que les troupeaux de rennes des Sâmis : les plans sur les regards de jugement des Suédois sont insistants, ils sont même parfois au centre de l'écran, nous mettant mal à l'aise car, en les dirigeant vers nous, la caméra nous fait comprendre ce qu'endure Elle Marja.

Le cadre est parfois tremblant, montrant la confusion et la peur d'Elle Marja dans un monde qui ne veut pas d'elle. Et la lumière franche est rare, comme pour traduire l'obscurantisme dont sont victimes les jeunes Sâmis. Mais lorsqu'Elle Marja arrive en ville, franchissant l'obscurité d'un tunnel, la lumière peu à peu éclaire son visage jusqu'à ce qu'elle soit rayonnante devant le paysage urbain auquel elle vient de naître : elle est parvenue sur les terres de ses rêves, là où elle trouvera la force de devenir elle-même.
Dans ce monde, le regard d'Elle Marja devient sensible au moindre signe de richesse et de distinction, à l'image de ce gâteau crémeux qu'elle mange avec vénération : ils font écho à l'émerveillement d'Elle Marja devant les objets, luxueux à ses yeux, appartenant à son institutrice : les livres, le service à thé, la robe à fleurs, et la distinction de cette femme blonde, grande et mince, admirée jusque dans sa façon de tenir sa tasse de thé.

Autant d'éléments dont notre regard de spectateurs peut douter, pourtant, qu'ils justifient le reniement de ses origines.

Tout le propos du film est en effet de nous faire réfléchir aux motivations d'Elle Marja, mais aussi aux conséquences de ses choix, autour d'elle mais surtout en elle. On comprend que le retour sur les terres natales est douloureux, car tout dans le personnage d'Elle Marja s'y refuse. Il faut la tendresse infinie d'un fils, qui aime sa mère pour ce qu'elle est, pour parvenir à la ramener vers des origines qu'elle a cru pouvoir oublier.

Sans jamais donner de leçons, sans jamais asséner de vérités, Amanda Kernell nous donne à voir toute la difficulté à trouver son chemin pour qui appartient à une minorité ethnique méprisée, car aucun choix n'est exempt de violence : parce qu'Elle Marja maîtrise parfaitement deux cultures antagonistes, tout choix sera pour elle un reniement.

Nous quittons la salle plus riches de questionnements que de réponses, et c'est la grande force du film que de nous obliger à reconnaître dans Elle Marja, interprétée avec une justesse et une force étonnante, de très profondes qualités de courage et de détermination : non pas quelqu'un « comme nous », mais quelqu'un de bien plus fort que nous...

Jarod Guffroy, seconde 2, lycée Jean Moulin de Pézenas
 
Sâmi, une jeunesse en Laponie 

Ce film est à la fois un récit d’aventures, où nous suivons la vie d’une jeune adolescente, et une réflexion sur la question identitaire. Car ce film dur, triste, traite le sujet du racisme des Suédois envers le peuple Sâmi mais aussi du rejet de ses propres racines pour tenter de rentrer dans un cercle. 
La narration repose en particulier sur une série de flashbacks où l’on assiste à l’enfance difficile et traumatisante d’Elle Marja. Personnage central, Elle Marja est fascinante et intriguante. Son refus de se soumettre au système, ses différentes révoltes et ses inlassables protestations face à la cruauté de ses contemporains, en font une héroïne flamboyante à laquelle on peut s’identifier. Tout d’abord car elle renie ses origines, essaie de s’intégrer aux « autres », les Suédois. Elle veut trouver sa place et fait preuve de révolte. Paradoxalement , son manque total de bienveillance envers sa famille, ses racines, et de compassion pour les siens traduit un racisme auto-infligé, encore pire que le regard des gens et qui va la conduire à la culpabilité. 
Elle-Marja et sa sœur sont dans un pensionnat en Suède. Là-bas, elles vont subir plusieurs humiliations et discriminations ; par exemple quand elles passent devant les Suédois, elles se font insulter et dévisager et cela ira jusqu'à l'acte de violence, le jour où Elle-Marja a le malheur de se défendre et de protester. Les Sâmis, éleveurs de rennes, se font dénigrer à longueur de temps car ils sont considérés comme des gens inférieurs aux Suédois : leur peuple est traité comme une « sous-espèce » 
Ce film est très sensible, de plus il est inspiré d’une histoire réelle. Les plans du film et la musique rendent le film dur et fort de caractère. Il offre une fin d'une beauté iouïe, dont le message d’humilité résonne avec force longtemps après la projection. 

Osanna Brun, seconde 2, lycée Jean Moulin de Pézenas.

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23 novembre 2018

Rencontre avec Agathe Parmentier

Agathe Parmentier évoque les enchantements de sa vie au Japon. Et son livre Pourquoi Tokyo a inspiré les élèves de seconde 6.

Dessins et Haiküs

 

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Haikus

 

Abihabara quartier otaku

Journée animée

Crépuscule zombifié

 

Le sushi se croque à

Pleines dents

C’est pour moi étincelant

 

 

De nouveaux horizons,

Une source d’inspiration

Pour cette culture animée

 

 

Partir au Japon, revenir

En France, notalgie

Infinie

 

Soleil levant, le crépuscule

Couchant,

Je dors à poings fermés

 

 

Les tournages s’accumulent

Mon rythme s’intensifie

Dans la vie de tous les jours

 

Sébastien, Théo et Mathias, seconde 6

 

 

 

 

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Le vent emporte

Tout comme le temps

Les souvenirs d’enfants

 

Petit coin de paradis

Silence infini

Jardin japonais

 

 

Vent glacial

Ciel de neige

Matin hivernal

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05 octobre 2018

Chapiteaux du livre, Atelier Mangas

 

Atelier Mangas avec  : les élèves concentrés, ici les secondes 2. IMG_20180921_133339

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chapiteaux du livres 2018 , domaine de Bayssan. Rencontre avec François Beaune, écrivain.

IMG_20180921_112557Les secondes 2 ont rencontré François Beaune, un auteur qui capte l'expérience et la parole des gens pour la restituer dans ses livres. Un auteur passionnant qui nous a éclairé sur son dernier livre Omar et Greg. 

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